Le nouveau PDG d’ArcelorMittal Méditerranée relaie l’appel de son groupe: “La sidérurgie doit être soutenue” (FR)

Bruno Ribo a pris ses fonctions à la tête du site ArcelorMittal de Fos. Il arrive de l’usine de Galati en Roumanie.(Credit Photo@ FRÉDÉRIC SPEICH)

Après un parcours complet au sein du groupe ArcelorMittal depuis 1989, Bruno Ribo vient de prendre ses fonctions à la tête d’ArcelorMittal Méditerranée à Fos. Ingénieur de formation, il quitte la direction de l’usine de Galati en Roumanie, couplée à celle de Skopje (Macédoine) dont le groupe a dû se séparer, à la demande de la Commission européenne, pour pouvoir intégrer le site d’Ilva, en Italie.

Où en est-on de l’intégration d’Ilva ? Que peut en attendre Fos ?
Bruno Ribo : 
La cession n’est pas encore finalisée, elle doit se faire dans le courant du premier trimestre et doit être approuvée par la Commission européenne. Le site d’Ilva a un aval plus complet que Fos. ArcelorMittal n’était pas présent de façon significative jusque-là en Italie exceptée à travers son usine de Piombino spécialisée dans le finishing. Fos a une place importante dans la production de “produits plats”. C’est une usine sur laquelle le groupe compte. Bientôt nous allons livrer l’usine de laminage à froid de Novi lingue qui fabrique des produits pour l’industrie automobile, essentiellement Fiat.

Quels sont les défis que vous aurez à relever ?
Bruno Ribo :
 Le premier est celui de la sécurité. Notre objectif est d’atteindre zéro accident avec arrêt de travail, nous avons déjà divisé leur nombre par trois depuis 2014 avec 9 cas comptabilisés en 2018. Pour y arriver, tout le monde sera formé y compris les sous-traitants. Il faut que les règles, notre “code de la route” de la sécurité, soient respectées en toutes circonstances. Nos travaux doivent être mieux préparés. Lorsqu’il y a un imprévu, il faut s’arrêter et réfléchir avant d’agir. Le second objectif est d’amener Fos là où il devrait être en termes de fiabilité. Il faut anticiper les pannes, les éviter, une démarche de fond est engagée sur de nombreux outils.Par exemple, sur le train à bande, nous mettons en place une politique systématique de maintenance préventive pour ramener les outils dans un état standard.

Quel est l’objectif de production ?
Bruno Ribo :
 10 % de croissance par rapport à 2018, c’est-à-dire passer de 3,6 à 4 millions de tonnes. Toute l’industrie sidérurgique en Europe est âgée d’au moins 45 ans. Elle connaît aujourd’hui des contraintes de productivité. On doit arriver à produire davantage avec un nombre moins élevé de personnes. Nous devons nous appuyer sur les opportunités qu’apporte l’industrie 4.0 même si nous continuons à embaucher, dans le cadre de cette contrainte, notamment dans de nouveaux métiers. La productivité de l’usine de Fos est honorable mais ne suffit pas. Le groupe dispose d’une cellule de 5 personnes qui travaille sur cette industrie 4.0. Je pense à l’exploitation des données pour anticiper les casses, au diagnostic du niveau de corrosion des infrastructures par drone…

L’environnement est aussi une contrainte ?
Bruno Ribo : 
Oui, pour fabriquer de l’acier on produit du CO2, en moyenne 1,8 tonne émise pour une tonne d’acier produite. Mais l’acier est aussi à nos yeux le matériau recyclable par excellence ; 25 % des aciers produits en Europe le sont sur la base de ferrailles. À Fos, nous allons multiplier par deux notre consommation de ferrailles, ce qui va diviser par deux les émissions de CO2. Actuellement, nous payons 20 € la tonne de CO2 mais cette année 26 millions de tonnes d’acier importées en Europe ont été exonérées de ces taxes. 30 % de l’acier consommé dans le monde l’est ailleurs que là où il est produit. Aujourd’hui le transport n’est plus une barrière : faire venir une tonne d’acier de Chine coûte 25 $. Notre groupe a lancé récemment un appel ; on risque de se retrouver sans industrie sidérurgique si elle n’est pas supportée par une barrière à l’entrée qui rétablisse des règles correctes de compétition.

1 500 € d’astreinte journalière

Assigné devant le tribunal de grande instance d’Aix-en-Provence le 23 novembre dernier par l’association France Nature Environnement, à la suite de 36 épisodes de pollution en raison de rejet de benzène constatés par l’État en cinq ans (La Provence du 19 décembre), ArcelorMittal répond en diffusant les chiffres qui attestent de ses actions pour limiter l’impact de son activité sur l’environnement ; des émissions de poussières réduites de 50 % depuis 2007, autant pour les dioxydes de soufre, ou encore -70 % pour les dioxines depuis 2009, pour 100 M€ investis durant la dernière décade… “Concernant le benzène, nous nous étions engagés à corriger ces émissions en juillet mais les travaux sur la batterie 3 de la cokerie ont pris du retard. Aujourd’hui nous avons cependant 108 fours sur les 126 qui sont en conformité“, plaide Bruno Ribo selon qui les fours restants seront mis aux normes d’ici la fin du premier trimestre. En attendant, le groupe devra s’acquitter de 15 000 € d’amende assortie de 1 500 € d’astreinte journalière infligées par l’État et la préfecture depuis le 28 décembre.

Bruno Ribo l’affirme, l’objectif du groupe est d’atteindre 100 % de conformité, et pour cela toutes les pistes innovantes sont envisagées comme le recyclage des fumées de la cheminée principale à travers le projet Mistral, retardé à la suite de la non-conformité d’une pièce, qui a finalement démarré en juillet, et permet de réduire l’émission de poussières. Fos travaille aussi sur le projet Vasco, qui consiste à cultiver des algues avec le carbone contenu dans les fumées afin de produire des biocarburants.

Source:

https://www.laprovence.com/article/papier/5311207/bruno-ribo-la-siderurgie-doit-etre-soutenue.html

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