Lakshmi Mittal, le roi de l’acier (Capital)

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A Londres, la piscine du patron indien d’Arcelor Mittal est incrustée de pierres précieuses mais, dans les affaires, il compte à l’euro près. Le sourire affable masque une détermination implacable. Celle qui a permis à Lakshmi Mittal, né il y a cinquante-huit ans dans un village du Rajasthan sans électricité, de devenir le numéro 1 mondial de la sidérurgie.

Nicolas Sarkozy ne le connaît que trop bien, ce sourire trompeur. Le chef de l’Etat, pourtant habile dans les négociations, n’a pas réussi à faire plier le roi de l’acier en janvier dernier, pour qu’il renonce à son projet de fermeture partielle de l’aciérie mosellane de Gandrange. Quant aux dirigeants d’Arcelor , ils ont d’abord traité avec condescendance cet Indien qui osait s’attaquer à un fleuron de l’industrie française. Mais ensuite, ils ont tous été poussés dehors. Mittal, quatrième fortune du monde, sillonne en permanence la planète, imprimant sa marque sur l’empire familial de 310 000 salariés, implanté sur les cinq continents.

Son premier coup, à Java En 1975, Lakshmi (le nom de la déesse hindoue de la prospérité), alors âgé de 25 ans et diplômé en commerce d’un établissement de jésuites, travaillait dans la petite aciérie paternelle à Calcutta. Juste après son mariage, il décida de s’offrir de courtes vacances au Japon. Non sans que son père lui demande de s’arrêter au passage en Indonésie pour revendre un terrain destiné à construire un laminoir, mais resté inutilisé faute d’autorisations locales. Une fois sur place, Mittal, impressionné par le potentiel du marché, renonça à ses vacances puis s’installa avec femme et fils à Surabaya, dans l’est de Java. Il remua ciel et terre pour surmonter les obstacles administratifs et emprunter de l’argent. Et finit par monter une petite aciérie, qui lui servira de base pour entamer, quinze ans plus tard, sa conquête mondiale.

Ses dîners de patrons parisiens «C’est un entrepreneur global, très intuitif et vraiment exceptionnel», confie François Pinault. Navré de l’accueil glacial, teinté de racisme, qui a été réservé au patron indien lors de son OPA sur Arcelor , début 2006, le milliardaire breton a proposé de l’épauler. Présentés par Anne Méaux, leur conseillère en communication commune, les deux hommes se sont vite liés d’amitié. Lors d’une série de dîners organisés à son intention dans l’hôtel particulier de François Pinault, rue de Bourgogne, ce dernier lui a fait rencontrer la fine fleur du patronat, dont Martin Bouygues (EN), Daniel Bouton (devenu l’un des banquiers du milliardaire indien lors de l’OPA), Serge Dassault (qui a essayé en vain de lui vendre un Falcon 900) ou encore Laurence Parisot, venue très discrètement, alors que la bataille boursière faisait rage. Pinault l’a aussi présenté à Jacques Chirac et à Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur. Lakshmi Mittal apprécie par ailleurs Carlos Ghosn, dont il vante le mode de management mondial. Invité avec son épouse, Usha, au Grand Prix de Monaco, le 25 mai dernier, il n’a pas lâché le patron de Renault (RNO)-Nissan d’une semelle. Il est vrai que le constructeur automobile est l’un de ses gros clients…

Son train de vie de nabab A Londres, sa fabuleuse demeure de Kensington, acquise en 2005 pour 110 millions d’euros, est surnommée le «Taj Mittal». De fait, son marbre provient de la même carrière que celui du célèbre mausolée indien. Salle de bal, piscine incrustée de pierres précieuses, garage pour vingt voitures, toiles de Picasso, Van Gogh, Monet, entre autres… Rien ne manque, pas même une immense salle de sport, où Lakshmi Mittal fait chaque matin des exercices recommandés par son cardiologue, quand il ne fait pas le tour du parc voisin à vélo.

Son écurie de globe-trotter L’homme le plus riche d’Europe pourrait s’offrir un Airbus, mais il se contente pour l’instant de son Gulfstream G550 de douze places. Il est vrai que, n’aimant pas perdre de temps dans les embouteillages, il s’est aussi acheté deux hélicoptères. Quant à son yacht, qu’il a amarré l’été dernier dans la baie de Saint-Tropez pour rendre visite à son ami François Pinault, il a impressionné plus d’un patron du CAC 40 (PX1). Ce qui n’empêche pas Mittal de se faire construire en Allemagne, pour 120 millions de dollars, un nouveau navire de 100 mètres de long, qui devrait être achevé en 2009. Et un sous-marin ? Justement, il en possède déjà un…

Son statut fiscal en or Bien qu’il habite à Londres depuis 1995, Lakshmi Mittal, qui a conservé son passeport indien, n’est pas considéré comme résident fiscal outre-Manche. Notamment parce qu’il passe la moitié de son temps à visiter ses filiales implantées dans vingt pays. Du coup, il n’est pas imposé sur les revenus touchés en dehors de Grande-Bretagne. Enorme avantage, puisque Arcelor Mittal est une société luxembourgeoise et que le patron, qui détient 43% des actions, va encaisser cette année la bagatelle de 620 millions d’euros de dividendes.

Sa garde de fer Chez les Mittal, le sens du business se transmet d’une génération à l’autre. C’est donc son fils, Aditya, à l’époque responsable des fusions-acquisitions chez Mittal Steel, qui a poussé son père à lancer l’OPA contre Arcelor et l’a entièrement coordonnée à ses côtés. Aujourd’hui, Aditya, 32 ans, diplômé de la prestigieuse université américaine de Wharton et ancien analyste au Crédit Suisse First Boston à New York, est le véritable numéro 2 du groupe, où il cumule les fonctions de directeur financier, de responsable des fusions acquisitions, et de patron de la stratégie, de la communication et des relations avec les investisseurs. Le père ne prend aucune décision importante sans consulter son fils en tête à tête. Autour des deux hommes, une poignée de fidèles collaborateurs indiens, dont Malay Mukherjee, membre du conseil d’administration et ancien patron de la plus grande aciérie d’Etat indienne.

Son bureau monacal S’il ne se refuse rien dans sa vie privée, Lakshmi Mittal traque le moindre gaspillage dans son groupe. Pour donner l’exemple, il travaille dans un bureau modeste, à Londres, au septième étage d’un immeuble proche de Hyde Park. Moquette élimée, murs décorés de paysages indiens peints à la gouache par sa fille Vanisha, imprimante posée à même le sol… le roi de l’acier fait tout pour donner à ses visiteurs l’image d’un manager économe.

Son management par le stress «Je n’ai jamais vu quelqu’un mettre autant de pression sur ses directeurs», confie l’ancien responsable d’une aciérie française, rachetée par Mittal Steel en 1999. Ce dirigeant, qui a fini par démissionner, devait parfois revoir sa copie trois ou quatre fois, notamment lors de la préparation de ses budgets annuels. Pas une unité de production n’échappe à l’examen maniaque du big boss et de ses collaborateurs. Chaque lundi en début d’après-midi, les responsables de division passent à l’interrogatoire les uns après les autres par conférence téléphonique et doivent apporter des réponses précises mais courtes à des questions pointues. Alternant propos enjôleurs et remarques acerbes, Lakshmi Mittal se plaît à déstabiliser ses interlocuteurs. De plus, il passe une bonne moitié de son temps à visiter ses usines, implantées dans vingt pays. Casque sur la tête, il aime discuter technique avec les sidérurgistes et montrer qu’il sait lui-même parfaitement régler un four électrique.

Son retour au pays Depuis deux ans, Lakshmi Mittal retourne régulièrement en
Inde, qu’il avait quittée en 1975, et s’est même fait construire une maison à New Delhi. Décidé à renforcer sa présence dans l’acier dans son pays en plein boom, il investit aussi personnellement, via sa holding familiale, dans les projets d’exploration production de pétrole et de gaz. En attendant de s’y faire construire une réplique de Buckingham Palace ?

Olivier Drouin.

© Capital

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